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De la torture à l’ouvrage : l’étrange histoire du mot « travail »

Le mot de la semaine · · 1 min de lecture

Les mots du voyage : travail, travailler

Vous traînez un peu des pieds pour aller travailler ce matin ? Étymologiquement parlant, vous avez peut-être de bonnes raisons de vous plaindre. Car derrière notre très banal « travail » se cache une histoire beaucoup moins paisible.

Pour la retracer, il faut remonter au latin tripalium, écrit trepalium dans le texte de 573 qui l’atteste, celui du concile d’Auxerre, et désignant un instrument de torture. Son nom évoque trois pieux, tri- (« trois ») et palus (« pieu »).

C’est de ce mot que serait issu le latin populaire tripaliare, « torturer » (une forme reconstruite, qu’aucun texte n’atteste), puis l’ancien français travaillier, notre « travailler » ; le nom « travail » n’en est que le déverbal.

Cette étymologie est la plus répandue, mais elle n’est pas la seule : le Littré rattachait travail au latin trabs, « poutre », par le provençal travar, « entraver ».

Mais le plus intéressant se trouve dans l’évolution du sens. Au Moyen Âge, travailler pouvait signifier « tourmenter », « faire souffrir », puis « se donner de la peine ». Peu à peu, le mot s’est éloigné de la torture pour désigner l’effort pénible, la peine que l’on se donne, puis l’activité à laquelle on se consacre. Le changement ne s’est donc pas fait d’un coup : entre la souffrance et le métier, il y a toute une histoire de glissement sémantique.

Et la langue française a conservé quelques traces de ces anciens sens. On parle encore du « travail » d’une femme qui accouche, où le mot désigne la peine et les efforts de l’enfantement. On dit aussi qu’un matériau « travaille » lorsqu’il se déforme ou subit l’action d’une force.

Alors, la prochaine fois que votre réveil sonnera et que vous n’aurez aucune envie d’aller travailler, vous pourrez toujours vous consoler avec cette pensée : vous n’allez probablement pas au tripalium. Mais l’histoire du mot, elle, n’a certainement pas commencé dans un open space.

Sources

Les mots de cette chronique