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15 mots que tu dis en arabe sans le savoir

Mots voyageurs · · 2 min de lecture

Les mots du voyage : café, sucre, sirop, tasse, jupe, coton, matelas, magasin, douane, tarif, chiffre, zéro, hasard, alcool, cafard

Carte du ciel des quinze motsChaque mot est une étoile. Les trajectoires partent de l'arabe, en Arabie, parfois venu de plus loin (persan, sanscrit), font escale en italien, en turc, en espagnol ou dans le latin médiéval, puis arrivent en français. Seul cafard arrive sans escale. SANSCRIT Inde PERSAN Perse ARABE Arabie TURC Turquie ITALIEN Italie LATIN MÉDIÉVAL ESPAGNOL Espagne café sucre coton jupe matelas tasse magasin douane tarif zéro sirop chiffre hasard alcool cafard cafard : vol direct, sans escale ← FRANCEASIE →pointillés : escale probable Quinze étoiles, quinze trajectoires. Une seule sans escale.

Ce matin, tu as bu un café sucré dans une tasse ? Bravo : tu as parlé arabe trois fois avant même d’être réveillé.

On dit souvent que l’arabe est la troisième langue qui a le plus prêté au français. Le lexicographe Jean Pruvost en compte au moins cinq à six cents dans nos dictionnaires. On en a gardé quinze, ceux que tu dis tous les jours sans y penser.

Au petit-déj

Commençons par le café, de qahwa. Il a fait escale en Turquie ; chez nous, il s’écrit café depuis 1665, et il n’est jamais reparti. Le sucre vient de sukkar, que l’arabe avait lui-même emprunté au sanscrit. Un mot qui a plus voyagé que toi. Le sirop, lui, vient de šarāb, « boisson ». Simple et efficace.

Et la tasse ? C’était une ṭāsa, une « coupe », une « écuelle ». Ta tasse a plus de six siècles de service.

À la maison

La jupe vient de ǧubba, une veste de dessous. Elle a changé de forme en route, comme beaucoup de voyageurs. Le coton, de quṭun, est arrivé vers 1160, et il est toujours aussi doux.

Quant au matelas, c’était un maṭraḥ, un coussin ou un tapis posé par terre. Le sommier, c’est venu après.

Au marché

Le magasin, ce sont les maḫāzin, les « entrepôts ». Et oui, magazine vient de là, après un aller-retour par l’anglais : un entrepôt… d’articles.

La douane vient de dīwān, « registre, bureau ». Même famille que divan : d’un côté on fouille ta valise, de l’autre on s’allonge. Et le tarif ? De taʿrīf, « notification ». Une simple information, en somme. Que tu paies.

En maths

Chiffre et zéro viennent tous les deux de ṣifr, « vide ». Le premier est passé par le latin des savants, le second est entré par l’italien. Deux mots pour dire rien : la classe.

Les surprises

Le hasard vient sans doute de az-zahr, « le dé ». Même son étymologie se joue aux dés : les spécialistes ne sont pas sûrs.

L’alcool, c’était al-kuḥl, une poudre pour maquiller les yeux. Le même mot que khôl. Dans les deux cas, on finit avec un regard charbonneux.

Reste le cafard, de kāfir, « incroyant ». Au XVIe siècle, un cafard, c’est un faux dévot. Le mot passe ensuite à la blatte, puis au moral en berne. Belle reconversion.

Ce qu’ils ont en commun

Presque tous ont fait escale. Six sont passés par l’italien, trois autres sans doute aussi ; d’autres par l’espagnol, le turc ou le latin des savants. Les marchands de la Méditerranée faisaient office de compagnie aérienne.

L’arabe aussi avait emprunté : sucre vient du sanscrit, douane et tasse du persan. Les mots aussi prennent des correspondances.

Et les sens changent en route. L’alcool était une poudre pour les yeux, le cafard un hypocrite. Comme quoi, on peut tout refaire de sa vie.

Sources

Sources

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